Pulchellus

Le secrétaire général de l’UGDD acerbe sur les propos de Soropogui et la crise à la cour constitutionnelle


Alors que l’actualité reste dominée par la polémique soulevée par des membres de la cour constitutionnelle contre leur président d’une part et le directeur des opérations de la CENI Etienne Soropogui d’autre part, le secrétaire général de l’UGDD monte au créneau.
Dans une interview qu’il a accordée à notre rédaction ce jeudi 13 septembre, Nestor Kgbadouno n’est pas allé avec le dos de la cuiller dans son analyse.

Bonjour M. Nestor KAGBADOUNO.

Bonjour Madame

Quelle analyse du rebondissement de la crise au sein de la Cour Constitutionnelle ?

M. Kagbadouno : La Cour Constitutionnelle est une institution cruciale pour la démocratie guinéenne. Parmi toutes les institutions républicaines, c’est à elle qu’est conférée la charge d’être « la gardienne de la constitution ». Cela suppose qu’elle doit être le rempart qui protège la constitution contre toute sorte de violation pouvant émaner des autres organes de l’Etat. C’est bien regrettable que cette institution soit le théâtre de ces interminables conflits qui ne devaient absolument pas avoir lieu. Le système clanique qui mine l’administration guinéenne ne devait en aucun cas s’inviter dans les activités d’une institution aussi respectable que la Cour Constitutionnelle.
Cependant, moi je suis convaincu que tout ceci constitue des manœuvres divisionnistes du régime de M. Alpha CONDE car la meilleure stratégie de gouvernance instituée par celui-là est celle du chaos.

Certains membres de cette institution ont récemment adressé à l’Assemblée Nationale une motion de défiance aux fins de destituer le Président Kèlèfa SALL. Que vous inspire une telle procédure ?

En vérité, j’ai été très surpris lorsque j’ai pris connaissance de la mise en œuvre d’une telle procédure par les membres de la Cour constitutionnelle à l’encontre de leur Président. En effet, le vote de défiance entre dans le cadre du contrôle exercé par le parlement sur l’exécutif dans les régimes de séparation souple des pouvoirs. Il s’agit d’un mécanisme purement politique mis en œuvre par un organe politique (parlement) contre un organe politique (le gouvernement). La Cour Constitutionnelle n’est pas une institution politique. Elle est au dessus des rapports qui existent entre les pouvoirs politiques (exécutifs et législatifs) dont elle est chargée de réguler (art. 93 de la constitution guinéenne). Comment la Cour constitutionnelle peut efficacement arbitrer les conflits entre le pouvoir exécutif et celui législatif si ses membres peuvent banalement être destitués par l’un de ces deux pouvoirs ? Il est très décevant que les membres de la Cour ayant introduit une telle procédure n’aient pas pu comprendre sa tortuosité et sa carence en termes de consistance juridique.
Mieux, lorsque nous jetons un regard dans les différents textes juridiques relatifs à la Cour constitutionnelle (la Constitution, la Loi organique sur la Cour constitutionnelle ainsi que le Règlement intérieur de la Cour constitutionnelle) on s’aperçoit qu’aucun de ces textes ne fait mention de la possibilité d’une telle procédure. Par contre, la loi organique relative à la Cour constitutionnelle nous enseigne à travers le second alinéa de son article 11 que ses membres « ne peuvent être révoqués ou destitués que pour les seuls motifs de parjure ou de condamnation pour crimes ou délits ».
Juridiquement, cette procédure est dénouée de tout fondement. Elle relève tout simplement d’une nouvelle technologie procédurale sans précédent au travers de laquelle, les membres de la Cour Constitutionnelle, dans leur acharnement incontrôlé contre la personne de M. Kèlèfa SALL, cherchent par tous les moyens à le faire partir.

Quelle solution entrevoyez-vous pour la résolution de cette crise ?

A mon sens, la seule solution à cette crise que tout homme raisonnable proposerait est le respect des normes juridiques relatives à la Cour Constitutionnelle.
Ainsi, j’invite tout d’abord l’Assemblée nationale à faire preuve de responsabilité en se déclarant incompétente à se prononcer sur la demande de vote de défiance dont elle est saisie par les autres membres de la Cour à l’encontre de leur Président M. Kèlèfa SALL.
En outre, j’exhorte tous les autres membres de la Cour à faire preuve de retenue et de sagesse comme le recommande leur fonction. Il faut qu’ils comprennent qu’en entretenant ces crises continuelles au sein de la Cour, ils posent un mauvais précédent pour la jeune génération qui les observe. La Cour Constitutionnelle doit être un creuset de résolution des conflits et non un berceau des crises institutionnelles continuelles. Je les invite enfin de tourner le dos aux passions individuelles qui les opposent et s’orienter vers la satisfaction des intérêts républicains qui les unit. A défaut, ils finiront, au sein de l’opinion publique, par jeter l’opprobre sur la Cour Constitutionnelle qui est pourtant une institution si noble de par ses missions.

Vous avez suivi la sortie médiatique de M. Etienne SOROPOGUI sur les élections locales. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?
Pour moi, cette sortie dénote le désordre qui existe au sein de nos institutions républicaines en général et la CENI en particulier. L’UGDD, à l’instar d’autres partis de l’opposition, a toujours dénoncé le manque de transparence et de crédibilité des conditions dans lesquelles ces élections locales ont été tenues. Ces aveux qui viennent d’être faits par M. SOROPOGUI ne font que confirmer le manque de crédibilité que nous avions incessamment dénoncé dans le passé.
Si la sortie de M. SOROPOUI est qualifiée de non professionnelle et inopportune, elle n’est tout de même pas dénouée d’intérêt pour les acteurs du processus électoral en général et les partis politiques de l’opposition en particulier.
En effet, elle consiste un appel à la conscience professionnelle des magistrats guinéens qui doivent savoir mettre à profit leur indépendance et éviter de falsifier les résultats sortis des urnes.
Pour l’opposition, il s’agit d’une information à prendre au sérieux pour pouvoir entrevoir dans l’avenir des mesures plus sûres visant à assurer la transparence des conditions d’organisation des élections mais aussi l’intégrité des résultats sortis des urnes. Donc l’opposition n’a aucun intérêt à condamner ces propos ; par contre, elle doit les prendre comme enseignent.
Merci d’avoir répondu à nos questions
C’est à moi de vous remercier

0 Commenter la reponse

  1. Avatar

    Publiez le 1er commentaire pour cet article !

Laisser un commentaire